Le Manifeste du Monte Verità


L’écrivain

 

est écrivaine, scrittore, poète, expert de la petite parole et de la chose intellectuelle, Dichter, writer, autrice prolixe ou auteur à la petite semaine, écriveur, écriveuse, couveuse, romancière, écriteur professionnaliste.
L’écrivain est social, arrogant, humble, mondain, excentrique ou tout à fait classique, pas encore à sa place, déjà dans une tour d’ivoire ou rien de tout cela.
Est débutant, balbutiant, curieux, hirsute, sûr et certain, public, professionnel.

En tous les cas artiste.

 

L’écrivain se définit par un sourire, par plaisir, par la discipline ou bien le travail, par la dilatation du temps, par pur accident.
Croit écrire par besoin, par nature, par hygiène, partage.
L’écrivain a des méthodes, une stratégie, des stratagèmes aussi, la posture.
A une maison d’édition à Paris, ou une tout juste née nulle part, un contrat, des commandes, une chronique dans un hebdomadaire, plusieurs emplois plutôt alimentaires, un lecteur, 1000 lectrices, 5 millions de followers ou rien de tout cela.
Veut lire constamment, ou seulement de temps en temps, par métier ou par boulimie, pour se remplir, se comparer, se positionner.

L’écrivain veut avant tout être lu.

 

L’écrivain prépare, surprépare, ou laisse simplement courir.
Se retrouve quoi qu’il en soit crampé de sa plume sur le papier, de ses doigts sur le clavier, de ses pouces sur l’écran tactile.
L’écrivain est sans condition, a bien entendu ses contradictions, sans doute de la compassion, fuit la complaisance en revanche.
Souffre de faim, des fins aussi, souffre à l’écriture, jouit à l’écriture, s’ennuie, se rend dingue, se fait rire ou rien de tout cela.
Est une voix, est traducteur, est médiateur, a des histoires, aucune vérité, cherche une potentielle sincérité, cherche forcément où est l’apéro, se cherche, recherche.

L’écrivain a quelque chose à dire.

 

L’écrivain planche sur son inspiration, penchant naturel, pente glissante.
Sait parler de son œuvre, parler à la solitude, parler toujours trop à son ego.
Sait ce qu’il fait, peut-être ce qu’il est, plus que ce que sont les autres.
Sait parfois ce qui l’habite, ne sait rien le reste du temps. Ou si.

L’écrivain devient, dénerve.
L’attention aux détails, à la langue, à sa langue, à la géolocalisation, à l’extrapolation ou rien de tout cela.

L’écrivain communique avec des mers intérieures, des univers collectifs, les cultures bouturées.
Et l’ufologie et l’utopie et l’uchronie.
Avec l’Orient et l’Occident et tout ce qui n’est ni l’un ni l’autre.
L’écrivain communique avec l’humanité, des vivants et des morts et les invisibles et les insoumis.
Par peur de sinon virer misanthrope, par orgueil de pourtant déborder d’amour, par certitude de néanmoins toujours douter ou rien de tout cela.

L’écrivain écrit parce qu’il écrit.

 

 

Feuillage sur un mur au Monte Verità

 

Les rencontres littéraires sont toujours bénéfiques, qu’elles se déroulent dans l’admiration, dans l’émulation ou même dans l’opposition: c’est toujours une occasion de se positionner. D’attirer à soi l’inspiration. Le texte qui précède a été écrit en 2016 lors du Cenacolo del Monte Verità, organisé par les Eventi Letterari à Ascona, puis lu au festival Poestate à Lugano la même année. Il fait office de manifeste artistique.